Le Statu Quo (deuxième partie)

Le statu quo est une règle non écrite qui découle des usages des communautés qui se partagent le Saint-Sépulcre. Ces communautés vivent ensemble dans l’église : dix frères franciscains dans le couvent, les Grecs et les Arméniens dans des cellules, les Ethiopiens sur les toits. Le père Stéphane, gardien du couvent Saint Sauveur, explique que « cela peut sembler désagréable au premier abord, mais c’est une chose merveilleuse car toutes ces églises se retrouvent autour du Tombeau vide, autour de la même résurrection, la même foi. Le statu quo c’est vivre ensemble alors qu’il est parfois plus confortable d’être seul pour se sentir chez soi. Mais le statu quo nous fait sortir de notre confort et nous contraint de vivre avec l’autre ».

L’Occidental en Orient ne peut pas imposer  un rapport occidental. L’Eglise latine est la seule église occidentale. C’est ce qui peut choquer le pèlerin qui a parfois du mal à comprendre que le Saint Sépulcre n’est pas une cathédrale comme en France ou en Italie. C’est la cathédrale de toutes les Eglises de Jérusalem. « Quand le pèlerin est séduit par le souk, continue le père Stéphane, il aime l’ambiance qui y règne avec des appartement de juifs israéliens au-dessus des commerçants musulmans et cela symbolise pour lui l’Orient. Le Saint Sépulcre est à l’image du quartier qui l’entoure : un joyeux bazar ».

Le pèlerin français peut parfois avoir la présomption inconsciente de vouloir être chez lui en rentrant dans le Saint Sépulcre.  « On oublie parfois que l’Eglise s’est diffusée et inspirée du terreau culturel dans lequel elle s’enracinait. Or c’est l’Eglise de Jérusalem qui est le poumon de ces églises, toutes sortent de Jérusalem et engendrent l’Eglise » rajoute le père.

Il y a six Eglises au Saint Sépulcre : deux africaines (les églises copte et éthiopienne), deux églises européennes (les latins et les grecs orthodoxes) et deux églises asiatiques (les arméniens et les syriaques). « Chaque continent est représenté est géographiquement autour de Jérusalem. Le Saint Sépulcre est symbole de Jérusalem au centre du monde. L’ombilic du monde, c’est le Saint Sépulcre, donc Jérusalem.  C’est de la que tout part et c’est là que, chaque communauté, revient, attiré comme un aimant ».

Six Eglises vivent ensemble, on y parle donc six langues différentes. Cela signifie qu’il faut communiquer avec l’autre dans une langue qui n’est pas sa langue maternelle, il peut donc parfois être difficile de se comprendre et il y a de temps en temps des malentendus.

Pourtant, huit siècles durant, différentes communautés ont vécu ensemble au quotidien autour du Tombeau (les portes étaient fermées et ne s’ouvraient que pour laisser entrer un pèlerin qui avait payé une redevance, les communautés chrétiennes y étaient enfermées). On découvre alors malgré les différences culturelles un frère qui a la même foi. La plus grande différence est culturelle, non pas théologique. « Si je rencontre un grec orthodoxe en France, il sera habillé comme moi, dans mon pays, il parlera surement ma langue. Ici, mon frère chrétien est dans son jus, si on me passe l’expression. J’apprends à l’aimer tel qu’il l’est » précise le père Stéphane.

La perte de repères, qu’induit le petit espace ou se côtoient tant de monde, désarçonne. Le père Stéphane nous éclaire : « Le groupe de pèlerins prend d’un seul coup conscience qu’il n’est pas, avec son Eglise, au centre du monde. Le pèlerin est bombardé de différentes manifestations de foi. Il est, d’un coup, humblement un parmi tant d’autres ».

Le Saint Sépulcre, c’est le lieu de l’oecuménisme au quotidien depuis des siècles. Les communautés qui tournent chaque jour autour du Tombeau sont comme des satellites qui tournent autour du même astre: le soleil de la Résurrection.

Eva Maurer Morio

Source : www.lpj.org

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