Les chrétiens : dignes même au milieu des persécutions

Depuis son apparition en 2006, l’EIIL (Etat Islamiste de l’Iraq et du Levant) suscite beaucoup de débats autour de son origine, de ses buts et de la provenance de ses armes. L’organisation terroriste cible avant tout les minorités en Iraq et en Syrie, dont nos frères chrétiens. Une sauvagerie telle qu’ils se retrouvent contraints par la force et la terreur à quitter leur pays, laissant tout dernière eux sans savoir où aller. Confesseurs de la Foi, ils traversent cette amère vallée de larmes avec une dignité bouleversante.

Depuis plusieurs semaines nous suivons avec beaucoup d’angoisse et de tristesse ce que les chrétiens subissent avec d’autres minorités en Iraq. Soudainement, nous nous sommes arrêtés devant une scène qui nous a frappé, tant elle nous a semblé inhabituelle au milieu de la folie des soulèvements de la région : la dignité, le calme et le silence avec lesquels les chrétiens d’Iraq traversent cette période la plus sombre de leur histoire. Leurs regards, leurs attitudes, montrent une noblesse et une grandeur : celle, nous croyons, des humbles disciples du Christ, élevés selon ses enseignements, ayant pris l’habitude de méditer ses gestes, ses attitudes et sa paix, même devant ceux qui l’ont maltraité, jugé, flagellé. Cette attitude va complétement à l’encontre de la barbarie dans laquelle sont perdus ceux qui n’ont pas connu le Christ, sa tendresse, son humilité et sa douceur surnaturelle.

A ce moment-là, il nous a semblé qu’une lumière nouvelle pénétrait notre intelligence, et que nous avions de nouveau compris, peut être avec plus de profondeur, la place centrale de la croix dans la vie chrétienne. La croix, avec le Christ, n’est plus seulement un instrument de torture, mais un signe d’Espérance car elle donne sens à la souffrance. Le chrétien est celui qui trouve un sens à la souffrance. Le chrétien sait que dans la vie, il est difficile d’échapper à la souffrance. Personne ne peut prétendre vivre sans faire certaines expériences de souffrance. Bien sûr, cette souffrance est relative : il y a des situations plus difficiles que d’autres, et les souffrances affectent différemment les personnes, selon leur caractère et leur psychologie. Ne nous faisons pas d’illusion !

Le christianisme n’appelle pas les hommes à demander la souffrance, mais, parce qu’il est la religion de l’Incarnation, c’est-à-dire réaliste, il voit la souffrance et essaie de lui donner un sens. C’est cela qui change la réalité. « Bienheureux les persécutés pour la justice… » (Mt 5, 10).    

Dieu ne se réjouit pas de la souffrance de l’homme. Il souffre avec lui. Tel est le sens profond de la Rédemption : Dieu qui a envoyé son fils unique, Jésus Christ, pour souffrir et partager avec les hommes leurs souffrances, afin de les conduire à la gloire. La souffrance ne vient donc pas de Dieu, elle vient du péché des hommes, de leur usage aléatoire et méchant de la liberté et de la confiance que Dieu leur a confié. L’objet du jugement dernier n’est-t-il pas l’usage de notre liberté ?

C’est pourquoi, les gens ne doivent pas se tromper en pensant que les chrétiens sont des gens idiots ou faibles. Ils sont comme tout le monde, capables d’utiliser la violence et de répondre à la violence par la violence (l’histoire  malheureusement l’a montré!). Mais ce que les « sages de ce monde » ne comprennent pas, c’est que la sagesse des chrétiens vient d’en haut : elle est différente, et elle donne une vie éternelle – non pas une vie qui se laisse rongée par le temps. Le trésor du chrétien n’est pas sur cette terre de pèlerinage, mais ailleurs, là où « où la teigne et la rouille ne détruisent point, et où les voleurs ne percent ni ne dérobent », et là où l’EIIL et ceux qui se tiennent derrière ne pourront rien détruire.

Les centaines de milliers de chrétiens d’Iraq méritent donc d’être appelés des « confesseurs de la Foi » contemporains. Car, a priori, s’ils avaient accepté de se convertir à l’Islam, ils auraient pu sauver leurs vies et rester dans leurs maisons. Mais ils ont décidé de « tout laisser » pour suivre le Christ jusqu’au bout. Vraiment : « tout laisser » ! Car ils ont trouvé en Lui ce trésor qui ne s’use pas !

Enfin, ceux qui persécutent l’Eglise aujourd’hui ignore une vérité importante que l’histoire nous enseigne : en persécutant l’Eglise, elle ne fera que grandir, se fortifier et s’enraciner. Cela donnera plus de fils au Royaume de Dieu. Car le « Martyr », selon la tradition chrétienne, est « un témoignage » et une « confession » de la Foi avant tout. Donner sa vie – et non pas se suicider en tuant les autres avec barbarie et haine.

C’est pourquoi, si on veut parler de martyrs en notre temps, ils seront d’abord des chrétiens, qui témoignent de la Vérité et l’Amour qui ne connait pas de frontières.

Firas Abedrabbo

Source : www.lpj.org

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